02 juin 2010
Les scénaristes d'Hélène
COME
BACK – Nouvel extrait : Après vous avoir présenté Hélène Lancel, voici
Caroline et Julien, deux scénaristes de télévision chargés de travailler sur le
premier téléfilm d’Hélène, une dramatique historique se déroulant à la cour du
Roi Louis XIV…
Julien,
Caroline, rue Caumartin, Paris 9ème /
-
Qu’est-ce que tu en penses ? Elle se donne au roi ou elle se refuse ?
Le
téléphone portable de Julien était posé sur son bureau en mode haut-parleur,
c’était le seul moyen, en ce début de matinée de communiquer avec Caroline.
-
Je ne sais pas, si elle se donne, le scénario est fini, si elle se refuse, il
continue… Non, ils ne couchent pas, enfin pas encore répondit-elle très sûre avant
de changer brusquement de ton. Non Monsieur, pas celles-là, les orange…
-
Mais où-es tu Caroline ?
-
Au Bon Marché. Je viens de trouver,
non mais c’est extraordinaire, je viens de dénicher les chaussures qui me sont
apparues au Milliardaire avant-hier.
Je savais que je ne pourrais pas entamer quoi que ce soit avant, elles
m’attendaient ! Julien comprit qu’elle s’adressait à nouveau au vendeur.
Quoi, du 38 ? Vous êtes fou, du 37,5, maximum !
Julien
soupirait et, ne prêtant pas plus attention que ça aux problèmes de chaussures
de Caroline, se disait que c’étaient des conditions de travail idéales. Il créait,
elle faisait des courses.
-
Alors on continue dans cette direction…
-
C’est tout de même curieux que deux lanières d’un cuir si fin puissent me faire
aussi mal…
-
Donc elle ne couche pas, reprit Julien tout à son scénario, elle tient le roi
comme ça, dans sa main. Bon écoute Caroline, je te laisse, j’ai de la
documentation à relire.
-
OK, à tout à l’heure, on se retrouve à l’Avenue.
Midi au plus tard hein ? J’ai une faim de loup !
Julien
raccrocha. Caroline avait régulièrement faim vers onze heures du matin, onze
heures trente au maximum, lorsqu’elle était réveillée bien sûr. Faim signifiait
alors envie pressante d’un verre de Chardonnay. Du coup, ils arrivaient bien
avant le rush des sorties de bureau dans les restaurants, ce qui leur
permettait d’avoir les meilleures tables. Julien avait besoin d’un peu
d’inspiration, il se leva pour aller chercher un film qu’il trouva
immédiatement, Angélique Marquise des
Anges. Ce n’était pas qu’il avait envie de le revoir mais il lui
fallait vérifier un détail ou deux
pour asseoir la crédibilité de la situation. Si ce film repassait en boucle
depuis tant d’années à la télévision, il devait bien y avoir une raison. Autant dire qu’il aurait visionné Sissi Impératrice s’il avait eu à
traiter d’un sujet à la cour d’Autriche. Il glissa le DVD dans son portable. Une
fois encore, il se fit avoir et au bout de quelques minutes se rendit compte
qu’il n’avait pas zappé les scènes d’intro, totalement inutiles à ce qu’il
cherchait.
***
Une
heure plus tard, alors qu’il arrivait à proximité de l’Avenue, son portable sous le bras, il fut interpelé par la voix de
Caroline.
-
Mesdames, les terrasses sont réservées aux fumeurs !
Derrière
Caroline, un serveur s’affairait sans parvenir à s’imposer.
-
Mademoiselle, c’est délicat tout de même, parvint-il à bafouiller à l’oreille
de la jeune femme…
-
Monsieur, elles ne fument pas donc elles rentrent, elles ont toutes les tables
qu’elles veulent à l’intérieur !
Effarées,
les deux dames se levèrent, prenant soin d’embarquer avec elles de nombreux
paquets que le garçon les aida à transporter. Victorieuse, Caroline prit
possession de la table et, comme si elle avait besoin de se justifier, alluma
une cigarette. Dans l’entrée du restaurant, le garçon accompagnait, d’une mine
déconfite, les deux clientes vers une des tables les plus proches de la
terrasse.
-
Il faut nous comprendre dit-il, cette jeune femme déjeune ici un jour sur deux,
vous la connaissez j’imagine ?
-
Oh, ça fait longtemps qu’on l’a oubliée la miss météo !
Le
jeune homme n’eut pas le temps de répondre, la voix de Caroline résonnait déjà.
-
Garçon s’il vous plaît, un verre de Chardonnay, le Californien, comme
d’habitude !
Julien
arrivait et avisant la table il fit un peu de place et posa son ordinateur portable.
Prêt à travailler, il se pencha vers Caroline pour l’embrasser.
-
Où étais-tu cette nuit ? Tu as découché ? Tu as trompé « Mon
Amour » ?
-
Non, je suis rentrée avec ce garçon blond, enfin je crois, tu te souviens, de
toute façon il était bourré, il ne s’est rien passé et puis je pensais à mes
chaussures donc j’ai fini par me rhabiller et je suis arrivée à l’ouverture du
magasin. Et toi mon poussin ?
-
Ben comme d’habitude, j’ai embrassé Martin, j’ai pris une douche et je me suis
remis au travail.
Julien
s’installait tandis que le serveur apportait son verre à Caroline et lui
demandait ce qu’il désirait boire.
-
Un Coca, dit-il sans lever les yeux. L’écran venait de s’allumer et il
s’apprêtait à lire ses notes de la matinée à Caroline lorsque le film se
déclencha brusquement.
-
« Geoffrey ! », criait la voix traînarde de Michèle Mercier.
« Angélique ! », répondait la voix caverneuse de Robert Hossein.
Triturant
son clavier, Julien baissa le son.
-
Tu sais, dit-il à Caroline, j’ai trouvé le pitch, tout est lancé, elles ont
raison, cette nouvelle est canon, elle permet d’aller très loin.
-
Oh, tu m’énerves ! Et il fallait encore que tu connaisses l’œuvre d’une obscure écrivaine du
XIXème, tu me troues le cul ! Je me demande vraiment à quoi tu passes ton
temps.
Caroline
ramassa la chemise cartonnée rouge que Julien venait de laisser tomber, ne lui
trouvant aucune place sur la table exigüe.
-
C’est quoi ça ? fit-elle en brandissant le dossier.
-
Ca ne te regarde pas.
Trop
tard, elle en avait déjà extirpé une coupure de presse qu’elle regardait avec
attention. C’était une interview d’Hélène Lancel, donnée à Paris Match elle ne savait en quelle année. Mais ce
qu’elle avait sous les yeux lui fit comprendre soudainement d’où sortait la
culture de son ami.
-
J’ai une passion pour Elizabeth Concill
Manor, lisait-elle à voix haute ! Y’à pas à dire, tu es vraiment très
doué. Personne, mis à part moi ne pourrait se douter que ta culture se résume à
Paris Match et Gala ! Je suis bluffée Julien, j’ai hâte de lire ce que tu as
pu pondre depuis ce matin, je t’adore !
Elle
avala une gorgée de blanc puis reprit le fil de sa conversation :
-
Figure-toi que je me suis acheté une paire de Manolo Blahnik orange,
ils n’avaient plus de jaunes dans ma pointure. Je n’ai rien à mettre avec, je
dois résoudre ce problème cet après-midi.
-
J’ai repéré une mini robe vert pâle chez Paul
and Joe, poursuivit Julien, ça pourrait le faire, enfin elle est quand même
à mille cent cinquante euros.
-
C’est déjà plus abordable que les chaussures, j’irai voir tout à l’heure !
-
Caroline, tu ne peux pas essayer de mettre un peu d’argent de côté ?
-
De l’argent de côté ? fit-elle sincèrement surprise.
Le
portable de la jeune femme se mit à sonner sur le Bye Bye Baby, de Marilyn Monroe. Julien savait que « Mon
Amour » profitait du déjeuner pour la coincer. Cet homme était vraiment
matinal, il devait être aussi important que le lui laissait entendre Caroline
pour se lever de si bonne heure de l’autre côté de l’Atlantique. « Mon
Amour », semblait-il, s’adaptait aux horaires de la jeune femme qui
attaquait déjà sur le dépassement de budget des travaux de son appartement.
-
Le peintre est odieux, il réclame son chèque, déjà que je n’arrive pas à
joindre les deux bouts… Mon amour, tu ne sais pas ce que c’est que la
télévision en France. On en vit très péniblement, je squatte depuis des mois
l’appartement de mon co-auteur… Oh, you’re so cute, so sweat, I love you !
Julien
leva les yeux au ciel et murmura à voix basse :
-
En tant que scénariste, je trouve que tu en fais trop !
- Shut up, no, not you darling, I’m with Julian, he’s
kissing you, yes darling, I love you, you know it, when will you be back ?
Oh,
tu me manques tu sais… mais tu me fais le virement hein ? Kisses,
love and kisses. Elle raccrocha.
-
Il est fou de moi, il m’adore, il veut me… Elle hésita. Je ne trouve pas la
traduction, ce serait vulgaire.
-
Caroline, quand l’as-tu vu pour la dernière fois ?
-
Il y a deux mois je crois, j’étais saoule, je ne me souviens même pas à quoi il
ressemble… C’est de sa faute aussi, il n’est jamais là… Non, mais il est très
beau j’en suis sûre… Tu sais bien que je ne peux pas sortir avec n’importe qui…
-
Tu ne l’aimes pas, c’est évident !
-
Mais je ne sais pas moi ! fit la
jeune femme à cours d’arguments.
Julien
trouvait la situation de Caroline incompréhensible. Même s’il avait essayé, il
aurait été incapable d’en faire un scénario. Bien évidemment il ne lui serait
pas venu un instant à l’idée que si elle passait d’homme en homme depuis 20 ans
qu’il la connaissait, sans s’attacher sincèrement à aucun, c’était qu’elle
était folle amoureuse de lui.
Le
portable de Caroline se remit à sonner. C’était Chloé, elle voulait savoir où
ils en étaient.
-
Au premier verre de blanc ma chérie, je sais que tu ne comprends pas mais c’est
de très bon augure. Je ne démarre jamais à froid.
Caroline
semblait un peu agacée, comme toujours avec Chloé.
-
Les choses sont en cours, le scénario est en route, non vraiment je t’assure,
tu n’as aucun soucis à te faire. Bonne journée chérie ! Et elle raccrocha.
-
Tu exagères quand même, tu peux pas lui parler comme ça, c’est notre directrice
d’écriture.
-
Je ne la supporte pas, c’est comme ça ! Garçon, un verre de Chardonnay
s’il vous plaît !
28 mai 2010
Hélène en tournage...
Toute
l’équipe, studios de La Plaine-Saint-Denis, 93
Avant
de retrouver sa loge, Hélène avait tenu à saluer toute l’équipe. Elle s’était
trompée dans les prénoms des machinistes, mais l’intention y était. Il régnait
un joyeux bazar sur le plateau, tout le monde se congratulait. Il y avait de
l’émotion aussi, beaucoup d’émotion, Julien avait remarqué que certaines des
habilleuses essuyaient une larme émue et que d’autres regardaient Hélène comme
si ça n’était pas elle. L’ayant crue morte, ils la considéraient comme une
revenante. Mais tout cela semblait lui glisser dessus comme de fines gouttes
d’eau sur les plumes d’un cygne et, suivie d’un cortège incroyable, elle avait
continué son trajet vers sa loge. François était enfin arrivé et commençait à
donner des ordres assez incohérents à ses collaborateurs. Il avait une tête
d’outre tombe et cela n’avait pas échappé à Françoise au moment où elle avait
quitté le plateau. Il lui avait même semblé qu’il sentait l’alcool. En tout
cas, il avait fait mauvaise impression à Fabrice, qui n’en avait que pour
Julien. Françoise était ennuyée mais il lui fallait retourner à LA PROD pour assurer le quotidien.
Hélène
arriva assez rapidement sur le plateau rejoindre le décor de sa chambre. Elle
portait un vison jeté sur une robe de cocktail noire. Elle laissa glisser le
manteau sur le lit puis alla rejoindre Jamal qu’elle venait d’apercevoir. Elle
chuchotait, de sorte que personne ne puisse les entendre. La voix de François
retentit dans les hauts parleurs.
-
Si tout le monde est prêt, nous allons pouvoir commencer la mise en place.
Jamal, comme tu le sais, tu es derrière la fenêtre, tu n’entres qu’à la fin du
traveling, quand on te donnera le signal. Hélène, tu entres, tu te diriges vers
la penderie, tu ranges ton vison et tu viens t’asseoir sur le lit.
-
Pardonnez-moi mais… Non François, se lança définitivement Julien, je sais, tu
es arrivé un peu en retard, mais ça n’est pas du tout ce que nous avons prévu
avec Mario et puis ça n’est pas le personnage !
Soudain
il s’emballa.
-
Comme si Barbara allait ranger son manteau au vestiaire ! Non, Barbara
c’est une femme qui porte son vison comme d’autres un poncho, elle le laisse
tomber au sol, elle marche dessus et se jette sur le lit. Là, elle se retourne
sensuellement et compose un numéro sur son portable !
-
Ah oui, c’est bien vu hein je trouve, s’interposa Hélène. Qu’est-ce que tu en
penses François ?
Et
sans attendre de réponse elle reprit :
-
Tu as totalement raison Julien, elle n’a aucun sens de la valeur de l’argent,
elle méprise l’argent, elle est au-dessus de ça, donc elle piétine son vison
négligemment !
-
Bon, si vous la sentez comme ça, jouez là comme ça, en attendant, on y va, on a
assez perdu de temps ! conclût François. Maintenant on répète tout le
mouvement, que tu puisses te caler sur le traveling.
-
OK, je suis prête, répondit Hélène qui venait de récupérer le manteau.
Elle
maîtrisa en quelques secondes le jeté de vison à la perfection. François
n’avait plus qu’à s’exécuter. Il demanda le silence et on l’entendit crier
Moteur ! La scène semblait se dérouler parfaitement, Hélène était divine
et voilà qu’il continuait son traveling sans s’arrêter en gros plan sur elle.
Mario et Julien se regardèrent, toute la mise en place à laquelle ils avaient
travaillé s’avérait inutile. La caméra était maintenant devant la fenêtre prête
à accueillir l’entrée de Jamal.
-
Coupez, retentit la voix ferme de Julien !
-
Julien, c’est moi qui dit Coupez sur ce plateau ! Hurla François !
-
Eh bien moi je dis que ça ne va pas. Nous avons prévu d’interrompre le
traveling en gros plan sur Hélène, ensuite seulement nous repartons vers la
fenêtre.
-
Et vous avez prévu de vous arrêter combien de temps sur le visage
d’Hélène ? insista-t-il.
-
Le temps qu’elle compose son numéro tout en se mordillant la lèvre comme elle
le fait adorablement.
-
Oh c’est vrai, tu as remarqué ? C’est un tic, je le fais tout le temps
quand je suis angoissée. Mais il a raison, le public attend ce mordillement,
mes imitateurs le font à merveille, c’est devenu comme la mouche de Marilyn, ça
plaît énormément !
-
Soit, reprit François, tu te mordilles ce que tu veux mais là on reprend.
S’adressant
aux caméramans.
-
Bon, vous avez compris, on fait un léger stand by et dès qu’elle se mordille,
on repart vers la fenêtre.
Tout
se passa bien jusqu’à ce que Jamal apparaisse. Il avait oublié de quitter son
peignoir. Réalisant sa gaffe il se mit à râler.
-
Ouais, ben ça fait une heure que j’attends, ça caille sur ce plateau.
Guislaine
entra pour voler au secours de son protégé.
- Bon ben c’est pas grave, tiens,
donne-le moi ton peignoir.
Alors
que personne ne prêtait attention à elle, Hélène regardait son amant s’éloigner avec Guislaine, qui ne se privait pas de lui passer la main dans le
dos, bref de le tripoter.
-
On reprend, fit François. Tout le monde est prêt. Moteur !
La
deuxième prise fut presque bonne, les deux acteurs étaient aussi justes l’un
que l’autre.
-
« Qui appelles-tu ? », disait Jamal en entrant dans la pièce
comme un voleur.
-
« Mon Dieu ! tu m’as fais peur, tu es fou, et que fais-tu à moitié nu
sur mon balcon ? », lui répondait Hélène.
Tout
était parfait, simplement la lumière n’allait pas parce qu’Hélène s’était
légèrement redressée en donnant sa réplique. Mario prit une dizaine de minutes
pour régler ses projecteurs et le tournage reprit. A la troisième prise, Hélène
balança sa fourrure un peu trop violemment et elle vint se poser sur la caméra.
Tout le monde rigola et on reprit. A la quatrième prise, la caméra ne s’arrêta
pas suffisamment longtemps sur le gros plan. A la cinquième prise, Hélène
trébucha sur le vison. A la sixième, quand Jamal entrait on voyait Guislaine
dans le champ.
Hélène
se montra agacée.
-
Oh c’est vraiment dommage, on était bons tous les deux là, non, franchement
Guislaine, bon allez, on reprend.
A
la septième prise, on entendit bien Moteur ! mais Hélène n’entra pas. Au
bout de quelques secondes on entendit sa voix, alors que la poignée de la porte
tournait dans le vide.
-
S’il vous plaît, la porte refuse de s’ouvrir… est-ce que quelqu’un pourrait…
Un
machiniste partit inspecter la serrure, donna quelques coups de marteau et ils
reprirent.
Il
était midi et demie, toute l’équipe était sur les genoux après trois heures de
tournage dont ils n’avaient rien pu tirer. A partir de la septième prise,
Hélène se trompait systématiquement dans sa réplique. Julien avait proposé de
la modifier, mais elle avait refusé. Devant ce chaos, ils avaient décidé que
tout irait mieux après le déjeuner et qu’ils boucleraient cette putain d’entrée
au vison en cinq minutes.
27 mai 2010
Hélène parle enfin !
Une
interview exclusive d’Hélène Lancel pour PARIS MAG
Elle arrive pile à l’heure au rendez-vous, entrant d’un pas décidé
dans le hall du Plazza. On la reconnaît immédiatement à sa démarche aussi féline
qu’élégante et je note immédiatement que tout le monde se retourne sur son
passage. Elle me décroche un large sourire lorsqu’elle m’aperçoit, déjà assise
et en train de préparer mon magnéto. C’est la deuxième fois que j’ai le privilège
de l’interviewer et pourtant j’ai un trac de petite fille. Elle s’installe et
commande une tasse de thé, le même que le mien. Puis soudain elle rappelle le
garçon… L’autorise-t-on à fumer ? Bien sûr, bafouille le jeune homme, d’autant
qu’il n’y a personne d’autre que nous pour l’instant dans le lounge… Je la
complimente sur sa robe, alors qu’elle vient de remarquer ma bague de fiançailles…
Mais dîtes-moi, c’est
nouveau ça ? Vous ne l’aviez pas la dernière fois que l’on s’est rencontrées ?
C’était quand déjà ? Il y a un an ?
C’est bien la première fois qu’une star se soucie de moi et
se souvient d’un si petit détail. Oui, entre temps, je me suis fiancée…
Elle
est très belle ! Vous êtes heureuse alors ?
Ça, c’est du Lancel tout craché ! Cette volubilité, ce
phrasé rapide et saccadé et cette façon d’attaquer, directe. Nous commençons
donc par parler de moi, ce qui me déstabilise totalement ! Je ne peux m’empêcher
de l’étudier. Je suis fascinée par sa beauté. Ou jalouse, je ne sais pas
vraiment. Il est clair qu’elle n’a rien fait, pas de chirurgie, je veux dire.
Sa bouche est toujours la même, celle qui embrassait James Bond et a fait
fantasmer le monde entier… Les pattes d’oie ont du prendre des vacances, en
tous cas, elles n’ont pas encore de prise sur elle. Ses yeux d’un vert si
profond qu’on les compare à des émeraudes me fixent. Elle remet sa magnifique
chevelure brune en place d’un geste de la main et la cascade retombe sur ses épaules,
impeccable. Cette femme est un mystère… Elle a quand même 49 ans et en affiche à
peine 42, 43 peut-être. Le temps ne semble pas avoir de prise sur elle.
Allez-vous monter les
marches cette année ? Le film de David Lynch est sélectionné…
Oh, le Lynch, oui, bien sûr…
Mais c’est Nicole (Kidman, NDLR) qui doit monter les marches ! Moi j’ai
juste fait une participation amicale, parce que j’adore David, et Nicole aussi
d’ailleurs…
Et
puis vous avez déjà 2 palmes d’or…
Justement ! Si je
vais à Cannes, c’est pour voir des films et prendre le soleil… Enfin, s’il y a
du soleil ! Mais bon, si David veut que je monte les marches avec eux, j’irai.
On ne dit pas non à un homme aussi brillant…
Et Ashton Kutsher ?
Vous avez deux scènes avec lui… Un peu osées à ce qui se dit…
Attendez de voir le film !
Quelle impatience ! (elle rit )
Vous n’avez pas eu de
film depuis deux ans au box-office, mais vous venez de signer avec Chanel… Vous
n’allez pas abandonner le cinéma ?
Abandonner le cinéma ?
(silence) Je ne vis que pour ça ! Chanel, oui, j’ai accepté… Mais bon je n’accepte
que les marques que je suis capable de défendre. Je sais que cette maison m’aime
et moi aussi je les aime, alors j’ai dit banco !
Je reviens au cinéma,
parce que pour moi c’est important de vous y voir… Vous avez récemment déclaré
que vous étiez prête à tourner pour la télévision ?
Absolument, je ne vois
aucune raison de ne pas travailler avec la télé. Il y a des téléfilms qui sont
d’une qualité quelquefois supérieure à celle du cinéma… Mon amie Catherine
Deneuve ne s’y est pas trompée… Elle a fait des choses que j’aime beaucoup avec
Josée Dayan… Et puis regardez aux Etats-Unis, les séries sont aujourd’hui bien
plus novatrices que les blockbusters…
Je décide d’insister lourdement…
Vous devez bien avoir un
projet pour le grand écran ? Un bruit circule, on parle de François Ozon ?
Vous dîtes vous même que
c’est un bruit ! (Je la sens se raidir un peu, c’est visiblement la première
question qui l’agace) Il faut laisser les auteurs travailler et annoncer eux-mêmes
leurs projets quand ils sont prêts. Les choses se font quand elles doivent se
faire… Mais il est clair que s’il a un bon scénario, je tourne pour Ozon
demain. (Son regard s’éclaire soudain) Non, mais, « Sous le sable »…
Oh là là ! Quel film ! Quelle direction d’acteurs…
Vous voyez, dès que vous
parlez de cinéma, vous êtes à nouveau complètement passionnée…
C’est parce que je le
suis, c’est une passion, depuis toujours… J’aime les auteurs, les créateurs,
les réalisateurs qui ont un univers…
Et
l’amour dans tout cela ?
Il n’a pas encore su
trouver sa place… C’est très difficile dans ce métier de pouvoir se fixer… On
tombe amoureuse sur un tournage, mais après, que ce passe-t-il ? Chacun
part vers un autre tournage… C’est la dure loi de notre métier… Mais il y a
quand même l’amour du public et cela réchauffe vraiment le cœur…
Nous avons continué de bavarder, mais j’ai senti qu’Hélène ne
souhaitait plus parler de sa vie privée… Il fallait qu’elle file rapidement
chez Chanel pour quelques essayages avec « le maître », comme elle le
nomme en riant, affectueusement… Lorsqu’elle a franchi la porte de l’hôtel,
pour rejoindre son chauffeur qui l’attendait, plusieurs personnes se sont
retournés, effarées de voir à la fois LA Lancel et l’affiche de la nouvelle
campagne Chanel, qui venait d’apparaître dans un panneau lumineux Decaux… Hélène,
elle, avait déjà disparu dans sa limousine…
Karine
Launier pour Paris Mag
26 mai 2010
COME BACK - Hélène Lancel débarque sur la toile !
25 mai 2010
Retrouvez COME BACK, des frères CAZALOT sur MYMAJORCOMPANYBOOKS.COM
Découvrez Hélène Lancel, héroïne de COME BACK
Vous allez pouvoir découvrir, jours après jours, des extraits de notre livre COME BACK, qui est actuellement sur la plateforme
MYMAJORCOMPANYBOOKS.COM
Hélène Lancel est l'héroïne de cette comédie, star du cinéma qui passe (enfin) à la télévision... Mais le tournage de son premier téléfilm va rapidement virer au cauchemar...
Pour en savoir plus, lisez les extraits et misez pour CHRISTIAN ET ERIC CAZALOT sur
MYMAJORCOMPANYBOOKS.COM
24 mai 2010
Premier Extrait - La dure existence d'Hélène Lancel
Hélène
Lancel, 12, avenue Montaigne, Paris 8ème
Dans
un concert de klaxons, deux garçons du Plazza Athénée traversaient l’avenue
Montaigne, portant des plateaux, recouverts d’épaisses serviettes de coton
blanc aux insignes du Palace. Comme chaque matin, ils livraient le petit déjeuner d’Hélène Lancel et de ses
collaborateurs dans l’immeuble d’en face, au 12. Au cinquième étage, ils furent
accueillis par Lionel, son secrétaire, avec qui ils échangèrent quelques
blagues. Visiblement ils connaissaient les lieux, ce qui se percevait à leur
manque de curiosité. Ils posèrent les plateaux sur une desserte dans l’office
qui ouvrait sur la salle à manger. Hélène, assise à la grande table, leur fit
un signe de la main. L’un des garçons entra, la salua et lui demanda un
autographe.
-
Rappelez-moi votre prénom, dit-elle au jeune homme, très attentionnée, comme à
chaque fois qu’on lui demandait sa signature.
-
C’est pour ma tante, répondit le garçon un peu gêné, elle s’appelle Michèle.
-
Ah, fit-elle ! Et elle signa d’un geste aussi naturel que le sourire qu’elle
lui adressa, tendant une belle photo réservée à cet usage que Lionel venait de
lui faire passer.
Les
deux garçons prirent congé. Tandis que Lionel disposait les mets sur la table,
Hélène lisait distraitement le programme de sa journée. Lasse elle
soupira :
-
Eh bien, on n’est pas couchés.
-
C’est ce que tu cherches non ? lui répondit-il, l’œil rieur.
Ils
auraient pu communiquer par signes tant le rituel qui accompagnait les journées
de la star semblait réglé au millimètre.
Sirotant
un jus de pamplemousse elle paraissait angoissée. Son visage était aussi lisse
que celui des photos de la
nouvelle campagne publicitaire de la marque Chanel. Sa tenue, décontractée, un
jogging du même nom, ne laissait paraître aucun laisser-aller. Tout était
brillant et laqué, comme la grande table noire sur laquelle ils étaient en
train de prendre leur petit déjeuner. C’était ce rendez-vous le jour-même au
journal de TF1 qui la préoccupait. Pourquoi avait-elle accepté cette invitation ?
Elle n’avait pas d’actualité en dehors de sa présence dans un film à Cannes,
mais pas en vedette, en guest star simplement.
-
C’est justement le moment propice pour te rappeler au bon souvenir du public,
lui avait dit Jérôme, son agent.
Elle
l’avait regardé, étonnée, comme s’il était possible que le public l’ait
oubliée. Il ne cessait de lui répéter que les temps changeaient, que la
carrière d’une actrice se gérait différemment aujourd’hui, qu’il fallait
attirer l’attention des gens autrement que par les films. Elle ne voyait pas
très bien de quoi il parlait et comprenait encore moins que sa côte d’amour
puisse souffrir de désaffection. C’était tout de même elle qui signait des
autographes aux passants qui l’arrêtaient et avaient toujours les mêmes regards
bienveillants. De quoi allait-elle parler ? Il était question d’une
dramatique pour la télévision, quelle idée bizarre même si elle savait - ce que
ne manquait jamais de lui rappeler Jérôme - que la plupart de ses consœurs
étaient passées au petit écran, qu’il n’y avait plus cet écart de qualité entre
télévision et cinéma et qu’au contraire, ce média était aujourd’hui le meilleur moyen pour remettre une star
sous les feux des projecteurs. Cela non plus elle n’avait pas aimé. Elle
n’était plus numéro 1, plus « bankable ». Quand elle avait demandé le
sens de ce mot barbare à Jérôme, il lui avait répondu :
-
Tu n’es pas sur la liste des dix comédiens les mieux payés de France, tu sais,
le Palmarès du Figaro !
Elle
s’était contentée de l’écouter distraitement, se disant que ces métiers
d’agents étaient devenus des boulots, si maintenant eux aussi se mettaient à ne
parler que chiffres. Bref, elle ne savait plus comment il s’y était pris, mais
la meilleure solution à l’heure actuelle c’était la télévision et pour
l’annoncer justement il fallait passer à la télévision.
-
Te rends-tu compte de la chance que tu as de pouvoir passer au 13 H 00 quand tu
veux ? Ils font la queue pour passer au 13 H 00.
Elle
l’avait laissé parler, longtemps, puis ils s’étaient quittés se donnant
rendez-vous à la chaîne. Lionel, qui la sentait de plus en plus absente eut une
idée :
-
Tu veux que j’appelle Jacobson ?
-
Pour quoi faire ? répondit-elle toujours atone.
-
Parce qu’il sait mieux que personne ce qui est bon pour toi.
-
Si tu veux, mais j’ai d’abord Luis pour ma séance de gym.
-
Oui, bon OK alors après, si c’est possible pour lui.
-
OK, répondit-elle, en partant ouvrir à son coach qui venait de sonner, puis
elle fit demi-tour et reprit.
-
Tu sais où en est le scénario d’Ozon toi ? C’est bizarre, Jérôme ne m’en a
pas parlé, je me demande ce que ça cache.
Elle
retourna vers le hall et ouvrit à Luis. Un homme d’une trentaine d’années
entra, l’embrassa, alla saluer Lionel et ils partirent en direction de la salle
de gym, qui se trouvait au fond de l’appartement. C’était une grande pièce
rectangulaire d’une soixantaine de mètres carrés. Aux murs des miroirs et du
velours fuchsia. Dans cet espace, quelques appareils semblaient perdus. Vélo
elliptique, steppeur, tapis de course, banc de musculation et Power Plate. Il y
avait bien sûr un sauna et un jacuzzi et puis une cabine tout en verre. On
avait du mal à imaginer Hélène, si frêle et délicate, se livrer à tant
d’efforts. C’était pourtant l’une des clefs de son tonus, de cette allure
juvénile qui, à l’aube de la cinquantaine, lui laissait afficher dix ans de
moins, en ayant à peine et très délicatement fait retoucher les traits de son
visage.
Dans
le salon, Lionel était en ligne avec Jacobson qu’il avait réussi à convaincre
de passer voir Hélène, même s’il n’avait pas été facile de caser le
psychanalyste en milieu de matinée, après le coach et avant le ballet des
maquilleuses et coiffeurs qui allaient terminer de transformer Hélène en
Lancel.
COME BACK - Hélène Lancel débarque sur la toile !
Vous allez pouvoir découvrir, jours après jours, des extraits de notre livre COME BACK, qui est actuellement sur la plateforme
MYMAJORCOMPANYBOOKS.COM
Hélène Lancel est l'héroïne de cette comédie, qui se déroule dans le petit monde de la télévision et du cinéma...
















